Comment (enfin) choisir des objectifs pédagogiques réalisables ?

Je suppose que ce n’est pas la première ni la dernière fois qu’on vous parle d’objectifs pédagogiques… il faut dire qu’ils sont un peu au cœur de notre pratique dans la branche de l’animation. J’ai presque envie de dire « ils sont PARTOUT ! » (on peut le voir de manière positive ou flippante, au choix, haha).

Peut-être que vous êtes à l’aise avec eux, mais peut-être que vous galérez aussi à comprendre exactement à quoi ils servent, à part qu’on vous demande d’en mettre dans vos projets ?

Mais au fait, un objectif pédagogique, ça sert à quoi ?

C’est la question que tout le monde se pose. Et je vais vous le dire.

Ils servent à aller plus loin, taper juste, concrétiser une idée, utiliser le bon outil. Bref, à aller dans la bonne direction. Je pense qu’on peut voir l’objectif comme une boussole, un guide vers là où on veut aller. C’est une première étape à la concrétisation d’un projet, d’une idée, d’une activité. Un point de départ mais aussi d’arrivée. Bon ok, ça c’est la théorie… mais comment mettre en place un objectif pédagogique sur le terrain ? Comment et pourquoi choisit-on cet objectif et pas un autre ? Comment réaliser cet objectif en pratique ?

Je vais vous présenter une méthode pour que vous puissiez mettre en place des objectifs pédagogiques réalisable sur votre centre.

Voilà les différentes parties de cette méthode :

Calibrer ses objectifs pédagogiques

Quand je rédige un projet pédagogique pour un centre, je n’ai souvent pas trop de soucis à trouver des objectifs. J’ai toujours plein d’envies pour mon ACEM : que les enfants passent de bonnes vacances, qu’il y ait du respect à plusieurs niveaux (des personnes, du matériel, de l’environnement, du rythme…), qu’on soit dans un espace éducatif etc. C’est déjà un bon point de départ, me direz-vous.

Mais n’avez-vous jamais vécu cette frustration de finir un centre et de garder un arrière goût d’inachevé ? De ne pas avoir complètement réussi, voire d’avoir (un peu) raté ? D’être déçu·e de ne pas être allé·e là où vous vouliez au départ? Perso, ça m’est arrivé, et plus d’une fois. Et en plus, je n’arrivais pas à mettre le doigt sur le pourquoi.

Personnes qui ont raté un projet à cause des objectifs pédagogiques mal écrit

Jusqu’à ce que je saisisse (merci la formation DEJEPS) le plein intérêt de calibrer correctement mes objectifs pédagogiques. J’utilise volontairement ce mot de « calibrer » car pour moi ce n’est pas tellement trouver le « bon » objectif (un objectif ne peut ni être bon, ni être mauvais). Mais trouver sa juste mesure : s’il est trop large par exemple, je ne l’atteindrais jamais.

Ok me direz-vous, mais comment faire ce calibrage de manière concrète ? La bonne nouvelle : vous avez tout ce qu’il vous faut sous la main pour y arriver !

Prendre en compte tous les paramètres pour avoir un objectif réaliste

Prenons une envie de départ, par exemple « l’autonomie des enfants ». On peut tous et toutes écrire dans son projet péda l’objectif pédagogique « développer l’autonomie des enfants ». Certes, c’est un but louable. Mais il n’est pas très concret… et puis, qu’est-ce qu’il veut dire exactement ? Comment être sûr·es que toute l’équipe aille vraiment dans ce sens ?

L’idée c’est de croiser cette envie avec ce qui caractérise mon ACEM, pour réussir à trouver un objectif réaliste (et qui soit du coup atteignable). Et vous êtes les mieux placé·es pour savoir ce qui caractérise VOTRE centre, à savoir (il n’y a pas d’ordre de priorité) :

  • l’âge des enfants
  • la durée
  • le rythme (activités « imposées » type sorties / activités gérées par l’équipe d’animation)
  • l’environnement
  • le nombre d’enfants
  • le nombre d’anim’ et leur expérience
  • l’aménagement existant
  • etc.

Prenons un camp de 30 ados de 15-17 ans sur quinze jours, à la campagne, sans thème ni activité imposée mais un petit budget pour des projets (oui, cela existe, j’en ai fait !). Un objectif pourrait être « accompagner les jeunes afin de leur permettre d’imaginer et mettre en place un projet à visée touristique en petit groupe dans la région attenante au centre. Ce projet pourra, s’il s’y prête, être mené en autonomie »

Autre exemple : un ALSH maternel avec 45 enfants et 6 anims, d’une semaine. Pour aller vers l’autonomie des enfants, on pourrait poser comme objectif « mettre en place des coins permanents, auxquels les enfants ont accès en autonomie à certains moments de la journée ». Si la notion de coins permanents ne vous parle pas, je vous renvoie vers cet article sur le sujet.

Homme en train de réfléchir et de comprendre ce qu'est un objectif pédagogique

Où il est question d’ascenseur et d’aller-retour (le lien objectif – moyen)

Comme vous vous en doutez peut-être, l’idée dans un second temps est de mettre en place des moyens concrets pour atteindre ces objectifs. Pour prendre une métaphore alimentaire, si mon objectif c’est de manger de la soupe et que je prends une fourchette, je vais galérer pendant longtemps.

Si je reprends mon exemple de camp d’ados, atteindre notre objectif ça va être tout un programme, avec une suite logique : permettre aux jeunes de se rencontrer afin de former des groupes, leur faire découvrir tout ce qui est possible dans la région, récolter leurs envies, monter les projets, les mettre en œuvre. Le moyen, ici, c’est ce fameux « programme d’activités » = celui qu’on a bossé pendant la préparation du centre avec les anims (son déroulement, son contenu).

Ce qu’il est important de se dire concernant la concrétisation d’un objectif pédagogique par un ou des moyens, c’est que cela nécessite de faire des allers retours entre les uns et les autres, pour vérifier qu’ils sont cohérents. Voyez ce processus comme un ascenseur, que je vous conseille fortement de prendre. C’est-à-dire se poser régulièrement la question « est-ce que mon moyen me permet d’atteindre mon objectif ? »

Ascenseur

Comme vous pouvez l’imaginer, si cette question génère un doute chez vous, c’est sûrement que le moyen n’est pas complètement adapté. Ça ne veut pas forcément dire qu’il faut le supprimer, il suffit sûrement d’adapter l’un ou l’autre aspect. Ou bien, si votre moyen vous paraît adapté, de modifier… votre objectif (non, ce n’est pas interdit !).

Comme le dit si bien Thomas Matter dans son entretien

«  On se rend compte qu’une activité, en changeant quelques petits paramètres, ou en l’adaptant à notre public, on va arriver à mettre en place un objectif, on va réussir à en trouver un. »

Partir des moyens pour trouver un objectif pédagogique, et pourquoi pas ?

En parlant de Thomas, il évoque justement quelque chose d’intéressant, à savoir qu’il ne pose pas d’objectif en amont de son jeu, mais que c’est ce dernier qui lui permet de trouver un objectif.

« Moi j’estime que c’est le jeu et la situation que je vais mettre en place qui va s’adapter à mes objectifs […] je vais chercher une situation qui va me permettre d’exploiter déjà la piste de l’épanouissement personnel, de se dire « moi ce que je cherche en premier, c’est que mon public, s’amuse ». Parce que je sais qu’après, je vais pouvoir remonter gentiment vers « qu’est-ce que je vais mettre derrière, quel objectif je vais pouvoir exploiter ? »

Jusque là, je vous ai proposé une logique de pensée qui part de l’objectif pour aller vers le moyen. Peut-être qu’elle ne vous parle pas plus que ça. Pas d’inquiétudes à avoir, il existe plusieurs logique de pensée, ce n’est pas vous qui avez un problème (ne laissez jamais personne vous dire le contraire).

L’avantage avec un ascenseur, c’est qu’on peut le prendre à plusieurs étages différents. Et du coup, si vous bloquez sur l’objectif, ça vaut peut-être le coup de partir de vos moyens. Vous avez, à ce niveau-là, les mêmes éléments cités précédemment, à savoir : des envies + des caractéristiques de centre à disposition. Et la question clé « qu’est-ce que cela permet ? ».

C’est un peut l’inverse du “quand on veut, on peut”. Ici, c’est “quand on peut, on veut”.

Encore une fois, prenons un exemple concret : un accueil périscolaire avec des 6-10 ans. Avec l’équipe, on a envie de mettre en place des groupes de paroles pour parler du ressenti de journée, mais aussi des espaces d’expression écrite (comme un mur de parole). Notre centre possède suffisamment d’espace pour que ce soit possible d’avoir un espace privatif pour créer un moment d’échange avec les enfants qui le souhaitent. A la question « qu’est-ce que cela permet ? » , je dirai « amener les enfants à s’exprimer sur le vécu de leur journée et de déposer leur émotions, pour qu’ils ne soient pas parasités par ces dernières ». Et hop, voilà mon objectif pédagogique.

Personne qui a une idée pour un objectif pédagogique

Un dernier conseil pour la route

Ce qui est intéressant dans tout ça, c’est que ça marche pour tous les niveaux d’objectifs. Entendez par là que ça fonctionne autant pour définir des objectifs d’un projet péda que pour définir ceux d’une activité. Comme vous pouvez le deviner, le calibrage sera simplement différent, plus ou moins serré.

Cela ne vous paraît pas encore évident ? Normal, parce qu’il vous manque l’entraînement. Aujourd’hui je peux dire que je manie l’art de définir des objectifs de manière aisée (et ils me sont vraiment d’une grande aide) parce que je me suis déjà beaucoup entraînée… et je vais encore me perfectionner, c’est sûr. Alors ne vous découragez pas !

Ah ! Et avant d’oublier, le dernier conseil pour la route :

  • l’évaluation, c’est important pour savoir si votre objectif est atteint… (j’en parlerai une autre fois, si ça vous intéresse)
  • ne vous fixez pas trop d’objectifs pour le même projet, parce que ça ne marchera pas.

Oups, ça fait deux !

Personnage qui fait "oups"

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