La connaissance du public, ça sert à quoi ?

La « connaissance du public »… la base, en animation, me direz-vous, même en BAFA on en parle. Certes, mais qu’est-ce que ça veut dire exactement ? Si je devais en donner une définition personnelle, je dirai « prendre le temps de s’informer et de rencontrer les enfants avec qui je suis amenée à travailler pour m’adapter au mieux à qui ils sont, en fonction de leur âge mais aussi de leurs vécus, de leurs acquis, de leur environnement. » Pour donner une image qui sera peut-être plus parlante, prenons une maison. Celle-ci représente votre relation aux enfants que vous animez.

Les connaissances théoriques : les fondations

Quand on recherche « connaissance du public » sur un moteur de recherche, on trouve essentiellement des caractéristiques générales, découpées par tranche d’âge. Dans notre maison, ces connaissances purement théoriques sont les fondations. Alors ce n’est pas assez complet pour faire une maison, mais il y en a bien besoin pour que le reste tienne en place. Il me paraît donc important d’avoir ces notions de base sur les capacités globales de chaque tranche d’âge, au risque de proposer des activités inadaptées.

Je ne sais pas si vous avez déjà joué au Verger, jeu de société coopératif pour les 3-6 ans ? Ce n’est pas la peine de le proposer à des ados, parce qu’ils vont vous rire au nez (et moi, en tant qu’adulte, au bout de trois parties j’en ai déjà marre… mais j’y ai joué parfois dix parties de suite avec des maternelles). Et, de la même manière, ce n’est pas la peine d’essayer de mettre en place un double-drapeau (jeu sportif d’extérieur) avec vos mater, en tous cas pas sans avoir adapté les règles… les notions en jeu sont trop complexes pour eux.

Ok, les fondations… mais avec un gros point de vigilance : ces infos restent une base de connaissance à vérifier sur le terrain, et pas un absolu à suivre aveuglément. Sinon, vous allez essayer de mettre les enfants dans des cases, et ça, tout le monde sait que ça ne fonctionne pas bien. Et, vous verrez, parfois les infos qu’on trouve ne sont pas toutes les mêmes, ce qui peut être un peu perdant. Mais pourquoi ? Parce que, justement, ce sont des infos « de base ».

Les briques du mur : les enfants

Pour construire des murs solides à votre maison, il va falloir aller un peu plus loin. Poursuivons la métaphore, prenons chaque enfant comme étant une brique du mur. Je pointe là une notion qui me paraît primordiale : chaque enfant est un individu à part entière. Et du coup les capacités de chaque tranche d’âge doivent se vérifier individuellement et surtout sur le terrain.

Un exemple, si on peut partir du principe que tous les enfants âgés de 12 ans sont capables de comprendre la notion d’équipe dans un jeu, chacun·e aura une appréhension et un vécu individuel propre. Une enfant qui joue d’un sport collectif depuis sa plus tendre enfance aura conscience des enjeux et de l’importance de chaque joueur et joueuse. Un autre enfant, celui qui est toujours choisi en dernier dans la constitution des équipes à l’école, sera moins à l’aise (voire n’aura pas du tout envie) à l’idée de jouer en équipe. Parasité par son vécu, il n’aura absolument pas l’espace mental pour intégrer les notions de rôle de chacun au sein d’une équipe.

Autre exemple, celles et ceux d’entre vous qui ont déjà travaillé avec des maternelles auront rapidement constaté que les acquis au niveau de la motricité sont complètement différents entre deux enfants de 5 ans. Et là où la différence entre des acquis moteurs sont évidents pour la plupart des anim’, il en va de même pour les autres acquis, notamment sociaux. Nous n’avons pas tous et toutes le même parcours dans l’apprentissage relationnel, et ça les adultes l’oublient souvent. La relation aux autres s’apprend quasi exclusivement par l’expérience personnelle, du moins quand on est enfant… Alors, prendre en compte chaque parcours paraît évident, non ?

La connaissance du territoire et du milieu de vie : le ciment

Comment expliquer cette différence dans les acquis, parfois énorme ? Comme le dit Valentin Monnier dans le podcast, ce qu’il faut aller interroger ici c’est sa connaissance du territoire dans lequel évolue son public. Le contexte de vie de chacun·e influe énormément sur sa construction. Ça peut paraître un lieu commun, mais avoir grandit à la campagne dans une famille aisée ne donnera pas les mêmes acquis qu’avoir été élevé·s dans un HLM avec des parents au chômage. Petit point d’attention : le contexte de vie donne plus ou moins de privilèges dans la vie, mais grandir dans un milieu populaire ne veut pas dire ne rien savoir, les acquis sont différents, mais ils existent bel et bien !

Si je reviens sur ma métaphore, chaque brique-enfant sera donc d’une couleur, d’une texture, d’une matière différentes. Et pour lier tout cela dans le collectif (c’est un peu l’idée d’un Accueil Collectif et Éducatif de Mineur·es, enfin je crois), c’est à vous, le maçon ou la maçonne dans cette image, de créer un ciment qui tient bien. Et pour cela, il est important de connaître le milieu de vie de votre public : à vous, quand vous arrivez dans une nouvelle structure, de vous renseigner en amont sur l’environnement de celle-ci. Cela vous permettra d’avoir une idée globale du contexte, surtout s’il diffère de celui dans lequel vous avez vous-même grandi. Pour cela, vous pouvez notamment vous appuyez vous sur vos collègues déjà présent·es dans la structure depuis un petit moment : ça vous permettra de montrer votre motivation et votre implication, en plus ! 😉

Tout ça, ça permet de définir ses objectifs pédagogiques

A partir des connaissances générales sur la tranche d’âge de votre public et ce que vous aurez appris sur son contexte de vie, vous pourrez alors définir des objectifs pédagogiques à vos actions. Vous donner un but. Viendra ensuite le temps de mettre en place vos activités et la vie quotidienne, et de voir si ce que vous aviez prévu est réalisable (ou pas). Quoi que vous fassiez, rien ne remplace la mise en place sur le terrain, l’expérience concrète. Donnez vous le temps et les moyens d’individualiser cette connaissance de votre public, pour chaque enfant, pour chaque année. Et en les impliquant de manière active : c’est en leur demandant ce qu’iels aiment, ce qu’iels ont envie de faire, ce qu’iels attendent que vous en saurez le plus. Eh oui, c’est ainsi que vous arriverez à mettre en place des animations adaptées, attirantes et donc valorisantes.

Valentin l’a bien compris lorsqu’il parle de son expérience dans ce centre de campagne qu’il connaît « par cœur » : ses activités fonctionnaient bien car les enfants le connaissaient depuis des années, et vice-versa. Et son passage à de l’animation dans la capitale l’a obligé à se positionner et se poser des questions, car ce qu’il faisait avant ne fonctionnait plus forcément. En ça, la formation au BPJEPS l’a aidé, là-dessus je vous laisserai l’écouter en parler lui-même ! ☺ (Et hop, je vous remets le lien du podcast, comme ça pas la peine de le chercher mille ans)

Pour clore cet article, je dirai que plus que la « connaissance du public », c’est la connaissance de VOTRE public, de son contexte de vie, de son environnement, de ses attentes, de ses envies… qui importe vraiment. Prendre en compte chaque enfant dans ce processus vous permettra de construire des relations de qualité au sein d’un ACEM adapté à ceux et celles qu’il accueille. Et plus largement, cela vaut aussi dans la relation avec vos collègues de travail 😉

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