Tout le monde peut-il devenir formatrice ou formateur BAFA ?

J’avais envie de creuser ce sujet suite à la première Chronique de Parlons Péda, dont la thématique centrale était justement cette question de devenir formatrice ou formateur BAFA. Si vous ne l’avez pas encore écoutée, vous pouvez la retrouver par ici.

Il y a quelques années, je travaillais dans un organisme de formation, au poste de chargée de mission BAFA – BAFD. Mon rôle consistait, entre autres, à recruter les équipes de formation. Et, on ne dirait peut-être pas comme ça, mais ce n’est pas si simple que ça. Pour vous donner une idée, il y a en moyenne un stage BAFA ou BAFD toutes les trois semaines, toute l’année (eh oui, on fait aussi des stages hors vacances scolaires). Et, à chaque période de petites vacances scolaires, ce sont plusieurs stages en même temps. Là où j’étais, cela se traduit concrètement par une dizaine de formatrices et formateurs BAFA – BAFD à trouver, disponibles en même temps, pour chaque période de vacances.

Et je sais que j’étais loin d’être la seule à galérer : il suffit de regarder les offres d’emploi sur des sites comme Planet’Anim pour voir que les organismes de formation recherchent. Bon, passer par une annonce est plutôt borderline, mais j’y reviendrai plus loin. En tous cas, le fait est que la pression de constituer des équipes peut amener à un certain nombre de pratiques qui questionnent.

Avec, en ligne de fond, cette question centrale : tout le monde peut-il devenir formatrice ou formateur BAFA ?

Ça, c’est une bonne question….

Au sommaire de cet article

Oui, toi aussi tu peux devenir formatrice ou formateur BAFA…

Bon, les personnes qui me lisent régulièrement ont peut-être constaté mon irrépressible optimisme, qui m’amène à d’abord voir les choses positivement. Du coup, j’avais envie de commencer par cette affirmation, que je pense vraie.

Déjà, il n’y a pas besoin de diplôme spécifique

Comme je le précisais dans la Chronique, il n’y a pas besoin de posséder un diplôme particulier pour devenir formatrice ou formateur BAFA. Ça fonctionne comme en ACEM : il y a des quotas équipe de formation / stagiaires (comme les quotas anims / enfants). Et si on est dans les quotas, on peut avoir autant de personnes qu’on veut.

Pour parler concrètement, ce qui sera peut-être plus simple : jusqu’à 20 stagiaires, il faut deux personnes dans l’équipe de formation. Dans cette équipe, il faut au moins un directeur ou une directrice de stage (BAFD complet) et l’autre ayant le BAFA complet. Mais si j’ai ces deux personnes et que je veux accueillir encore une formatrice supplémentaire (pour la former par exemple ou parce qu’elle possède une compétence spécifique), on s’en « fiche » de son diplôme (d’un point de vue légal).

Au-delà des chiffres, cela veut dire qu’il est possible pour toute personne intéressée pour découvrir la formation de s’y essayer. Et ça, c’est quand même top, non ? Pour moi, on retrouve ici une trace de l’éducation populaire, qui porte en elle le fait de rendre accessible l’éducation, tant du côté apprenant·es que du côté des éduquant·es.

Personnes en train de réfléchir

Personnellement, je me suis essayé à la formation BAFA un peu par hasard et j’ai tellement adoré que j’en ai fait mon métier… et que j’en suis à écrire ces mots aujourd’hui. Aucun parcours scolaire ne m’a jamais apporté ça.

Et quand on parle de formation BAFA – BAFD, les stages varient de 6 à 9 jours. Du coup, c’est vraiment possible de s’essayer à la formation BAFA sans prendre « trop de risques » si je puis dire. Si je me rends compte que je ne suis pas faite pour cela, une semaine ça passe quand même assez vite.

Personne qui dit oui
Vu comme ça…

Et surtout, ça apporte tellement !

Je ne sais pas si tu as écouté la Chronique, mais j’aime tellement la formation que je crois que je pourrais en parler des heures, sur tout ce que ça apporte. Bon je vais essayer de ne pas faire trop long quand même, héhé.

J’ai presque envie de dire « tout le monde devrait faire de la formation BAFA ». Ce que je trouve extraordinaire, c’est la nouvelle aventure humaine que c’est à chaque fois. Rencontrer de nouvelles personnes, voir comment se créer un groupe et des relations, comment chaque personne contribue à faire de ce stage un moment unique.

Équipe de formation BAFA

Ce que j’aime par-dessus tout, c’est l’accompagnement individuel. Voir évoluer les personnes, grandir, affiner leur idées et leur réflexions, étoffer leur bagages et leur trousses à outils est source de grande joie et de profond contentement. Savoir que je participe à cela grâce au cadre que nous proposons au sein de l’équipe de formation me fait me sentir privilégiée et utile.

Autre apport de cette place de formatrice, dont je parle souvent aux stagiaires BAFD que j’encadre : cela m’oblige à sortir de ma zone de confort et à remettre en question mes pratiques. Se confronter aux questionnements et aux réalités d’autres personnes que soi-même est un antidote à la routine et au plan-plan, voire même au découragement.

Présentation de différents contrats

Qui n’a jamais eu l’impression de ne pas réussir à faire avancer les choses, coincé·e entre les injonctions paradoxales, tiraillé·e entre les finances qui manquent et la pression pour faire de la qualité, alors même qu’il n’y a pas assez de personnes dans son équipe ?

Alors, il ne faut pas rêver, devenir formatrice ou formateur BAFA ne permet pas d’agir directement là-dessus, mais c’est l’occasion de prendre un bain de fraîcheur, de sortir de son quotidien et de se sentir faire partie d’un collectif, et ça, ça fait du bien.

Personne heureuse d'être formateur BAFA
Alors, tu es motivé·e toi aussi ?

… Mais prends garde à te poser les bonnes questions !

Bon, à me lire jusque là, on dirait le monde des Bisounours, non ? Ouais, comme tu t’en doutes il ne faut pas exagérer, la vie ça ne fonctionne pas comme ça.

Alors autant je pense que chaque personne peut devenir formatrice ou formateur BAFA, autant je crois qu’il faut se sentir prêt·e pour ça. Et s’être posé·e un certains nombre de questions avant de tenter l’aventure, au risque que ce soit désagréable (pour soi… et/ou pour les stagiaires).

Est-ce que je suis au clair avec mes valeurs ?

Tu t’en doutes sûrement, quand on veut faire de la formation BAFA, on n’ouvre pas les pages jaunes pour chercher « organisme de formation » + le nom d’une ville. Enfin, c’est une solution, mais après avoir trouvé des adresses, il faudra bien faire un choix.

Là, il y a deux cas de figures : d’un côté, des personnes qui sont très très sûres dès le début que c’est dans tel ou tel organisme de formation qu’elle veulent aller. Et de l’autre, ceux et celles qui ne savent pas vraiment pourquoi iels ont choisit cet organisme.

Personne qui cherche la bonne direction

Comme pour toutes les structures composant la branche de l’animation, les organismes de formation se basent sur des valeurs pour construire leur projet. Concrètement, cela va se répercuter sur les méthodes pédagogiques mises en place lors des stages. Et, indirectement, sur la posture de l’équipe de formation, mais je reviendrai là-dessus plus bas.

Du coup, la première question à te poser c’est « est-ce que je suis ok avec les valeurs / méthodes pédagogiques de cet organisme ? ». Est-ce que j’ai plutôt envie d’être dans du descendant (un peu comme à l’école) ou est-ce que j’ai envie d’être dans du partage et de l’échange réciproque par des méthodes actives ? Est-ce que j’ai plutôt envie que ce soit moi qui parle, ou les stagiaires ? Etc.

En théorie, les organismes de formation constituent leurs équipes à partir de leur vivier de bénévoles, des personnes actives dans l’association et qui se reconnaissent dans le projet de celle-ci. Voilà pourquoi recruter une équipe de formation en ligne via des annonces me pose souvent question, sans parler de l’accompagnement et de la formation des formateurs et formatrices.

Personne qui se pose des question

De quoi ai-je besoin pour être à l’aise ?

Assez logiquement, les valeurs de l’organisme de formation vont également se répercuter sur les équipes de formation et la manière dont elles sont acompagnées et traitées. Une des questions intéressantes à se poser est celle de savoir de quoi est-ce que moi je vais avoir besoin ?

Comme il n’y a pas de formation spécifique pour devenir formatrice ou formateur BAFA, c’est à la charge des organismes de formation de gérer cette question. Et là-dessus, vous allez trouver tout un éventail : de « rien du tout » à « pas de stage BAFA tant que tu n’as pas suivi un parcours de formation interne de plusieurs jours ». Avec une voie médiane qui est celle de l’accompagnement sur le terrain (une nouvelle personne sera intégrée directement dans une équipe de formation, mais en restant en binôme et en ne faisant que ce qu’elle se « sent » de faire).

Personne en train de parler

Et, comme tu t’en doutes, je ne suis pas fan du « rien du tout ». C’est sûr que de s’engager pour un stage et se retrouver à devoir gérer des temps de formation tout·e seul·e, si on n’a pas d’expérience, ça peut vraiment être traumatisant.

Être le plus possible au clair avec ses besoins (formation, accompagnement etc.) est donc pour moi une autre question essentielle. Surtout qu’en cas de non-accompagnement peuvent se développer des comportements questionnant dans le rapport entre l’équipe de formation et les stagiaires. Je parle là de la question du pouvoir.

Est-ce que j’ai conscience du pouvoir que j’ai auprès des stagiaires ?

J’ai évoqué cette question dans les Chroniques, et je sais qu’elle peut paraître peu palpable pour ceux et celles qui n’ont jamais fait de formation (et qui ont des expériences positives en tant que stagiaires).

Ce dont il faut avoir conscience quand on forme, c’est qu’on va avoir un rapport de domination avec les personnes qui sont en face de nous. En tant qu’équipe de formation, on tient entre nos mains la validation ou l’invalidation de leur stage : même si on est mal à l’aise avec ça, même si c’est triste, c’est comme ça.

Personne qui reçoit son diplôme

Et je pense sincèrement qu’il est utopique de se dire qu’on pourra le gommer complètement. Cette dimension existe et on ne peut la nier. Aujourd’hui, si j’essaye de travailler à dominer le moins possible les stagiaires, je sais que je ne peux pas effacer ce qui nous sépare.

Personnellement, les méthodes pédagogiques qui m’intéressent sont celles du champ de l’éducation nouvelle et des méthodes actives. Un contexte où je cherche à amener les stagiaires à penser par eux et elles-mêmes et à les rendre acteurs et actrices de leur formation. Être la sachante qui donne la bonne parole, non merci, ce n’est pas pour moi.

Mais quand les questions de domination et de pouvoir ne sont pas travaillées au sein de l’organisme de formation, voire que ce sont des postures assumées (l’équipe de formation sait mieux que les stagiaires), c’est, pour moi, la porte ouverte à des déviances qui peuvent aller jusqu’à traumatiser des personnes.

Je ne peux que te conseiller de te pencher sur cette question si tu ne l’as jamais fait, car elle n’est vraiment pas si simple que ça !

Personne qui se questionne
Est-ce que j’ai déjà réfléchi à la question ?

Au final, est-ce qu’on peut dire que tout le monde peut le devenir ?

Je crois que toute personne qui se sent prête à réfléchir sur soi et ses pratiques peut tenter l’aventure de la formation BAFA. Mais je le déconseille à ceux et celles qui ne se sentent pas prêt·es à se confronter à la question du rapport de domination… je crois que je le déconseille aussi aux personnes qui n’ont pas conscience de ce sujet, mais j’entends que c’est plus compliqué de se poser des questions quand on n’a pas de clés de compréhension.

Voilà aussi pourquoi j’avais envie d’en remettre une couche en plus de la Chronique, car je ne suis pas du tout sûr·e que toutes les formatrices et tous les formateurs BAFA se soient posé la question du pouvoir. Ni qu’iels aient travaillé sur leur posture et leur lien aux stagiaires… alors que ce serait plus juste pour tout le monde que ce soit le cas.

Et toi, quelle est ton expérience ou ton avis sur la question ? T’es-tu déjà posé des questions de ce type ? N’hésite pas à partager dans la zone de commentaires ou directement sur notre chaîne publique Telegram !

Personne qui donne une idée

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