L’éduc pop est morte… vive l’éducation populaire !

Dans le dernier live de Parlons Péda avec le collectif Au cinquième, Hugo proposait des phrases qui font régulièrement débats sur les réseaux sociaux, les « sujets sensibles » comme il dit. A ces phrases, l’idée était de se positionner « Ok / pas Ok » (vous avez raté notre super livre ? Le replay est ici, la question de l’éducation populaire est à 1h25 si vous la cherchez).

Une de ces phrases était « l’éducation populaire est morte ». Couplé à l’entretien avec Eric Falcon de la semaine dernière (c’est par ici si vous ne l’avez pas entendu), j’ai assez facilement trouvé mon sujet pour l’article d’aujourd’hui !

Education Populaire

En l’écrivant, je me suis demandée quel en était l’objectif… Je n’ai pas envie de vous faire un cours sur le concept d’éducation populaire, ni de dire « ça c’est bien », «  ça c’est mal ». Je crois que j’ai juste envie de vous partager mon avis, ce que je vois et ce qui me paraît important.

Au sommaire de cet article :

L’éducation populaire… c’est quoi en fait ?

Comme beaucoup de concepts (d’autant plus qu’ils sont galvaudés), on parle beaucoup de l’éducation populaire, mais a-t-on pris le temps de se renseigner sur ce que c’est ? L’éduc pop a une histoire, et pas des moindre. Elle ne vient pas de nulle part, et je vous invite fortement à vous pencher dessus, pour mieux la cerner.

Personne qui s'interrogent sur ce que c'est que l'éducation populaire

Cet article n’a pas pour vocation de refaire l’histoire de l’éducation populaire, ni même d’en donner une définition. D’autres le font déjà et, en plus, sûrement mieux que je ne le ferai. Avant tout, je vous invite donc à consulter les ressources suivantes :

  • Cet article des Ceméa Pays de la Loire, qui donne une définition très complète avec deux volets : ce que c’est et ce que ce n’est pas (très intéressant de voir aussi « en creux »)
  • Cet article, qui retrace rapidement les grandes lignes de l’histoire de l’éducation populaire et en donne aussi une définition (plus plein d’autres ressources sur ce sujet, des liens etc). C’est un blog animé par Adeline de Lépinay, animatrice de processus collectifs d’éducation populaire.
  • Pour les féru·es d’histoire ou les personnes qui sont aidé·es par les dates, Eric Falcon propose un déroulé historique très fourni sur son site (téléchargeable en pdf), c’est par ici.

Ce qui me chagrine dans l’« éduc pop »

Personne qui pleure

Un agrément parmi d’autres ?

Il y a bien des années, l’éduc pop est devenu un… agrément. Les associations, les fédérations peuvent demander l’agrément « jeunesse et éducation populaire ». Pour l’obtenir, il y a des dossiers à remplir, et, forcément, des cases à cocher. J’ai du mal avec l’idée de faire rentrer un mouvement de pensées et d’actions dans des cases prédéfinies. Surtout quand celles-ci servent à… obtenir des sous. Ben oui, qui dit « association » et « agrément », dit « subventions ».

Et puis il y a tous les “goodies” qui vont avec : une branche de diplômes « éducation populaire » (vous savez, BPJEPS, DEJEPS et cie… Vous ne savez pas ? Allez voir l’article d’il y a quinze jours où je détaille ça) mais aussi des Conseiller·es d’Éducation Populaire et de la Jeunesse (CEPJ) = dans leur missions, iels ont notamment l’inspection des ACEM… c’est le nom officiel de la fonction des fameux « inspecteurs Jeunesse et Sport ». Bon et c’est aussi une phrase qu’on retrouve dans le gouvernement : parfois c’est un secrétariat d’État, parfois simplement un portefeuille, c’est allé jusqu’à être la partie d’un ministère (à un moment avec la culture, à un autre avec la vie associative). Bref, l’éduc pop est devenue une affaire d’État.

Personne en train de réfléchir

Alors je ne veux pas non plus jeter le bébé avec l’eau du bain. J’ai été salariée d’une association d’éduc pop, j’étais bien contente d’avoir mon salaire à la fin du mois et je me sentais vraiment utile aux publics. Mon salaire était, entre autres, payé avec les subventions. Et je crois, vraiment, que les associations ont la possibilité de faire avancer la société, et que pour ça il faut des moyens.

Ce qui me fait grincer des dents

Mais j’ai malgré tout deux sensations désagréables :

1. C’est vraiment, vraiment compliqué cette histoire de moyens financiers dans les associations et tous les enjeux qu’il y a derrière. Pour moi, ça a tendance à dénaturer les projets associatifs. En d’autres mots, plus on est gros, plus on a de pression sur des emplois, moins c’est facile de rester intègre. Entendez de défendre et maintenir un projet associatif basé sur des valeurs qui ne sont pas toujours celles de l’État.

C’est le cercle vicieux de « il faut maintenant l’emploi et nos actions », donc on s’assoit sur ce qu’on défend pour survivre. Je vient remettre en question ici le système, tel qu’il existe actuellement (notamment les subventions et la politique de marché). Je distingue du système ses acteurs et actrices de ce système, qui font, pour la plupart, ce qu’iels peuvent avec ce qu’iels ont.

Personnes qui réfléchissent

2. D’un point de vue purement intellectuel, je suis un peu outrée qu’on ait casé l’éduc pop dans une définition étatique. Pour prendre une image, j’ai l’impression de voir un cheval sauvage qu’on essaie de transformer en mule. Comment continuer à faire évoluer la pensée, les idées, le concept même quand il faut rentrer dans des cases justement ? C’est quand même compliqué…

Et comme l’éducation populaire a été institutionnalisée, elle perd une partie de ce qu’elle est par nature. On se retrouve surtout à la voir un peu partout, à toutes les sauces possibles et imaginables. Mais ce n’est pas non plus un « vrai » sujet, vu que ça n’arrête pas de changer de ministère et de statut.

Personne en train de pleurer

« L’éducation populaire, monsieur, ils n’en ont pas voulu »

Cette phrase (célèbre pour ceux et celles qui s’intéressent un peu à l’éducation populaire) est de Christiane Faure. Elle l’a partagé à Franck Lepage, qui en a fait le titre dans sa non moins célèbre conférence gesticulée « Inculture(s) 1 » . Au passage, si vous voulez en savoir plus sur ce qu’est une conférence gesticulée, j’ai écrit un article sur le sujet.

Je crois que, contrairement à ce que dit Mme Faure, ô si ils en ont bien voulu. Le « ils », là, ce sont les représentants de l’état. Et je crois, moi, qu’ils en ont bien voulu : ils ont saisi l’opportunité que portait ces mots ! Quand on regarde l’histoire de l’éducation populaire en France, on voit l’exemple type d’un concept utilisé, récupéré, nettoyé et redéfinit par l’histoire et l’État… jusqu’à le vider de sa nature première, justement, et d’en faire un objet vide de sens. Comme beaucoup d’autres idées, récupérées, contournées et réutilisées, par l’État, le management, les institutions etc.

Personne interloquée

Vous avez l’air dubitatif… Pour appuyer mon propos, je vous conseille deux ressources pour y réfléchir :

Ce que je trouve intéressant avec Lepage, c’est qu’il explique vraiment bien la notion de « langue de bois », ou comment les mots sont utilisés, choisis et transformés par le pouvoir. Si ce concept ne vous dit rien, voyez la conférence gesticulées citée ci-dessus, à 1h 10min, pour être exacte.

Personne qui donnent leur avis

Et si ce qui comptait vraiment, c’était nos actes ?

Bon, vous me direz, pas très réjouissant tout ça. Mais alors, l’éduc pop est-elle morte ? En termes d’étiquette étatique, elle a encore de beau jours devant elle, ça c’est sûr. Mais cela a t-il tué le concept ?

Pour moi, l’éducation populaire est une idée. Elle est porteuse de sens mais elle amène surtout aux actes. On ne peut pas faire de l’éducation populaire sans agir (au risque de ne pas en faire justement). Elle nécessite donc des acteurs et des actrices pour vivre.

Personnes rassemblées qui font de l'éducation populaire

Je sais que je ne peux pas, à moi toute seule, révolutionner le système associatif actuel (et je n’en ai pas l’ambition d’ailleurs). Mais je peux, en tant qu’éducatrice, faire de l’éducation populaire. Je suis persuadée qu’elle existe encore, car des femmes et des hommes la font vivre, parfois même sans l’avoir conceptualisée, ce qui sommes toutes n’est pas forcément important.

Ceux et celles qui ont déjà lu d’autres articles que j’ai écris le savent, je défends le terrain avec cette idée profondément implantée en moi : mieux vaut faire que dire. Rien de pire que dire sans faire. Ou plutôt, c’est tellement facile de dire, bien plus dur de faire. A l’exacte inverse de la politique de subvention d’ailleurs, qui demande de savoir dire mais qui se fout de ce qui est fait.

Alors, oui, je crois que l’éducation populaire existe à travers un nombre indéfinissables d’actions, celles qui prennent en compte les publics, celles qui transmettent autrement, des actions collectives… celles qui tendent à transformer la société vers un monde plus juste et plus égalitaire.

Coeur

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