Quand le moyen est roi : Pourquoi la théorie ne s’applique pas toujours à la Réalité

Nous voilà déjà arrivés à la fin de cette trilogie d’articles autour de la notion de projet. Plus j’avance vers la fin et plus je me rends compte qu’il y a encore beaucoup à dire. Après avoir parlé de la notion de qualité puis de temps, il reste un dernier élément de notre triangle de la réussite d’un projet : les moyens.

Je pourrais te parler de matériel, de lieu, d’espace ou d’aménagement mais Elisa parle déjà de cela et beaucoup mieux que moi. Je vais plutôt m’attarder sur l’un des moyens clé, tu as deviné : l’humain ! C’est un article qui sera un peu plus théorique que les précédents. Je vais moins parler pratique et plus philosophique tout en essayant de rester facile à lire.

Je vais te parler pouvoir, d’un joueur d’échec mais surtout, je vais te parler de la raison qui m’a amené à écrire ces trois articles, alors prêt pour te remuer les méninges une dernière fois ? C’esttttt partiiiiii !!!!

Au sommaire de cet article

Les moyens, si utiles pour réussir un projet ?

C’est quoi au fond un moyen ?

Lorsque j’ai commencé mon stage théorique BAFD, on m’a parlé de matériel ou de budget pour réaliser un projet, et on appelait cela « moyen ». Je trouvais cela drôle parce qu’à la base, j’utilisais ce mot dans un bien autre contexte. Pour moi, c’est une manière d’évaluer un sujet. Quand je dis « c’est moyen », c’est que ce n’est ni bien, ni mauvais. Par exemple, si je vais au restaurant et que je mange un plat moyen, c’est qu’il n’est pas bon mais pas non plus mauvais.

Alors pourquoi utiliser ce même terme pour parler du matériel ou du budget ? La réponse se trouve dans sa définition propre. En effet, le moyen défini ce qui est entre deux extrêmes. Il se situe donc entre le bon et mauvais. Mais aussi d’autres extrêmes tel que le début et la fin, le rien et le tout, etc.

Ce moyen existe en tant que tel que lorsque l’un des extrêmes n’existe plus, ou bien n’existe pas encore. On peut alors l’associer plus communément à notre cas en disant que le moyen est ce qui permet de partir du rien (le début du projet) vers la fin (la réalisation du projet). Sans lui, le projet ne pourrait jamais aller au-delà du rien. Il est donc fondamental pour réaliser un projet.

Peut-on réussir un projet sans moyens ?

Tout ce que je viens d’expliquer reste théorique et permet de mettre du sens dans notre méthodologie de projet. Mais dans la réalité, le moyen doit-il vraiment exister pour réaliser un projet ? A-t-on forcément besoin d’espace, de matériel, budget… pour réaliser un projet ? On peut bien se poser la question après les deux articles que j’ai écrit auparavant. J’y prends le moyen à contrepied. En te proposant notamment de chercher à construire un projet qui a du sens à partir des moyens et non des objectifs. Il suffirait tout simplement de réduire au minimum les moyens requis et voir si des projets émergent.

Pour questionner cela, je vais te parler d’une fiction qui m’avait bouleversé lorsque j’étais adolescent, Le joueur d’échecs de Stephan Sweig. A un moment de l’histoire, le personnage principal se retrouve enfermé sans objet si ce n’est un livre d’échecs. Par le biais de ce livre, il apprend à jouer aux échecs sans jamais avoir réellement touché un jeu d’échecs, puis poussé par l’ennui, il décide d’en faire un projet : il veut jouer une partie d’échecs. Puisqu’il n’a ni jeu d’échecs, ni concurrent, il s’impose de jouer contre lui-même et imagine le jeu avec son esprit.

On peut bien dire que son projet a réussi, il a joué une partie, même si celle-ci fût imaginaire. On peut bien dire que le projet est un tout petit projet certes, mais il suit toutes les règles d’un projet.

Alors passons en revue les différents moyens qui ont été utilisés pour ce projet. Tout d’abord, recensons les objets : un livre (et encore, techniquement, le projet est apparu après avoir utilisé le livre). La connaissance était déjà là, donc le livre ne fait pas vraiment office de moyen. Alors le lieu ? De même, la partie s’est jouée dans sa tête, la pièce n’a pas servi pour la réalisation du projet. Il ne reste donc plus qu’un élément : le joueur.

Si le joueur n’avait pas existé, rien n’aurait pu se faire, pas même l’idée de jouer. Et c’est la raison qui fait que ce ne sont pas le matériel, le centre ou le budget qui sont les moyens essentiels d’un projet, mais bien l’humain !

Le centre d’un projet, c’est d’abord l’humain

Maintenant que nous savons que sans humain, pas de projet, voyons voir pourquoi. Même si je pense que tu devines déjà la réponse, je voudrais prendre le temps avec toi de décortiquer la réponse.

Parce que, oui, on parle bien du pouvoir d’agir ici. Le joueur d’échecs de mon histoire pouvait imaginer, pouvait réfléchir aux actions à entreprendre pour gagner une partie, il pouvait apprendre etc. C’est son action au cours du projet qui a permis à celui-ci d’exister.

Action et agir

J’ai utilisé deux mots bien similaires et pourtant si différents, action et agir. La différence se trouve dans les répercussions de l’activité générée par l’action. Là où l’action est le fait même de mettre en activité, l’agir apporte un résultat qui va au-delà de l’action portée.

Pour le dire autrement, pour pouvoir agir, il faut se mettre en action, et lorsqu’une action a un sens plus profond que ce qu’elle réalise concrètement, cela permet d’agir.

Prenons un exemple. Si j’écris dans mon journal intime, c’est une action qui a pour conséquence la création d’un texte, je suis en train de réaliser une action concrète et sans conséquences. Si j’écris un livre sur la pédagogie, qui va être publié, je fais la même action (écrire). Cependant, cette action va sortir du cadre de son résultat direct et avoir des répercussions qui iront bien au-delà de l’action en elle-même. A ce moment-là, j’agis.

Petite parenthèse : c’est d’ailleurs pour cela que le mot agitation possède la même origine syntaxique. Cela représente bien cette idée qu’à partir d’une action, les conséquences auront une répercussion sur un ensemble plus large.

L'activité

Alors comment nommer ce moment qui fait place à l’action et qui nous permet d’agir ? Nous l’utilisons tout le temps en animation : c’est l’activité. C’est d’ailleurs pour cela que l’on répète constamment qu’il faut mettre du sens dans nos activités, pour que ce ne soit pas juste un enchaînement d’actions vides de sens.

Si nous nous mettons en activité ou animons une activité, c’est pour donner du pouvoir d’agir, pour nous permettre d’agir sur notre entourage, sur nous-même, sur les autres, sur le monde. Le projet n’est au final qu’une excuse pour pouvoir apprendre à agir. Il n’est là que pour se donner un but. Et ce qui est réellement important, c’est l’activité générée par ce projet et le sens qu’on y met.

Les vecteurs de l’activité

Du mouvement au sens

Parlons un peu de direction​

Cherchons à comprendre l’action de façon analytique comme des physiciens. Nous sommes dans un état A et lorsqu’il y a action, nous passons à l’état B. Cela ferait une formule de ce genre :

Activité = A ↦ B

Il y a donc un mouvement symbolique qui va de A vers B (la flèche n’a pas été choisi au hasard). Le mouvement amène l’action et par réciprocité, l’action ou activité amène le mouvement. C’est une équivalence qui lie l’action au mouvement.

Reprenons depuis le début, s’il y a activité, un état A sera transformé en état B par un mouvement ou une action. Au final, l’état A ne sera donc plus A mais B, à la fin de l’action. Le mouvement amène un changement immuable, qui ne change plus.

On peut voir cela avec des exemples simples : plie et déplie ton bras, il ne se retrouvera jamais exactement à la même position. Et même si c’est le cas, par un gros coup de chance, tu auras dépensé de l’énergie : ton muscle se sera entrainé etc. L’état de la situation ne sera plus la même qu’au début.

Ajoutons ce qui vient d’être déduit : quand il y a une activité, un mouvement réalise un changement d’un état A en un état B. Là encore, le changement ne se fait que d’un état vers un autre, si je déplie mon bras, je peux le déplier dans plein de directions possibles mais seule une position sera prise lors de mon action. Le changement ne se fait que dans une seule et unique direction. Le sens de mon action applique sa direction.

Et dans l'animation ?

Avec cette démonstration, j’ai cherché à simplifier la notion de sens dans l’activité. Maintenant, je vais transposer cette notion aux champs qui nous intéressent. Et là, cela devient très vite compliqué vu la complexité de notre métier, alors je vais prendre un exemple qui permettra de transposer cette notion.

Lorsque j’anime une activité peinture avec des enfants, au tout début, la peinture est dans le pot, les feuilles sont sur l’étagère, etc. A la fin, les pots sont toujours sur l’étagère, mais avec moins de peinture. Les feuilles quant à elles sont remplies de peinture.

Ce que je viens de te décrire sont l’état A et B. Entre les deux, un ensemble d’actions ont été menées pour passer de l’état A à l’état B. Pour s’assurer qu’à la fin, les feuilles sont bien peintes, il a fallu orienter l’activité dans une direction précise. C’est le sens que j’ai choisi dans chacune de mes actions avec les enfants qui a permis cela. Les feuilles peintes ne ressembleront pas les unes aux autres, tout comme elles ne ressembleraient pas aux feuilles peintes que tu aurais obtenues si tu faisais la même activité que moi avec les mêmes enfants. C’est bien qu’il y a eu une direction ou plutôt un sens choisi durant l’activité pour arriver au résultat final.

Du sens dans l'activité ?

Ce sens est donc à la fois physique et symbolique. Que l’on veuille ou non, il y aura forcément un sens à notre activité. L’idéal c’est donc de choisir ce sens.

Alors quand on dit qu’il faut mettre du sens dans l’activité, cela n’est pas logique ! Puisqu’une activité a forcément un sens. Ce qu’il faut se dire, c’est plutôt : quel sens voudrais-je donner à cette activité ? Quelle direction devrait-elle prendre ? Par exemple, voudrais-je que les enfants apprennent à conceptualiser les couleurs ? Et à ce moment, je ferai attention à ce que mon atelier de peinture prenne une direction plus colorée. Ou bien voudrais-je que les enfants apprennent à utiliser le bon papier ? Dans ce cas là, je ferai attention à ce que mon atelier de peinture permette d’utiliser plusieurs types de papiers différents.

Mettre du sens dans une activité, c’est conceptualiser la direction, le changement et son mouvement au sein même de l’activité. C’est comprendre les tenants et aboutissants d’une activité et surtout les choisir.

Et oui, finalement on ne « met » pas du sens dans une activité, on « choisit » son sens.

Du désir à la motivation

Le choix du sens dans l'activité

Le choix du sens dans l’activité n’est jamais anodin. Qu’il soit implicite ou explicite, il se construit en étroit lien avec les acteurs et actrices de l’activité. Même si l’on pense ne pas mettre de sens dans une activité (en faisant de l’occupationnel par exemple), cette activité suivra quand même un sens.

Et comment ce sens est choisi ? Même si cela peut être involontaire, il ne pourra partir que des personnes qui réaliseront l’action, et c’est là que rentre en compte le désir. Voilà un mot souvent utilisé en psychologie, quand on parle de moi et de surmoi, on parle du désir et de morale, on parle de conscient et surtout d’inconscient. Je pense que c’est important de préciser que nos actions ne sont pas forcément dictées uniquement par notre conscient, mais aussi par notre inconscient. C’est pour cela que le désir représente bien cette volonté de réaliser une action dans un sens donné.

Alors mettre du désir dans nos actions devient cohérent et doit être pris en compte lorsque l’on réfléchit à l’activité que nous allons animer. En plus de cela, ajoutons qu’une activité est réalisée par un groupe de personnes et donc qu’elle est le fruit de l’ensemble des désirs de chacun·e.

Et oui, même si je prépare une activité en y mettant un sens particulier, les désirs des participant·es influenceront forcément le sens de celle-ci. Je dois donc prendre en compte les désirs de mon public lorsque je préparerai mon activité, sinon je me retrouverais avec une activité dont le sens ne sera pas celui qui aura été réfléchi en amont.

évaluation du résultat

C’est là que l’évaluation du résultat a une importance. Au lieu de se dire si l’activité a été une bonne ou mauvaise activité, je vais me poser la question : est-ce que l’activité est allée dans la direction que je voulais ? En essayant de répondre à cette question, cela me permet de comprendre si :

  • Mes désirs sont-ils en cohérence avec ma volonté ? Si ce n’est pas le cas, peut-être que je dois réfléchir au réel sens que je veux mettre dans mes activités ou si l’activité était vraiment adaptée à ce que je voulais faire.
  • Les désirs des enfants étaient-ils en cohérence avec ma volonté ? Si ce n’est pas le cas, je dois me demander si ce que je propose comme activité a du sens pour mon public.

Lorsque mes désirs sont en désaccord avec ce que je veux faire ou que les désirs de mon public sont en désaccord avec ce que je veux faire, il se passe une dissonance entre ce qui se fait et ce que j’aimerais faire. C’est là qu’entre en jeu un dernier acteur : la motivation.

Avant de continuer, je voudrais préciser qu’il y a tout un tas d’autres connexions qui se fait entre ce que j’imagine d’une activité et sa réalisation, mais que je ne cherche, ici, qu’à comprendre les enjeux entre l’acteur et l’action.

La motivation est le fruit du désir

Pour finir, je pense important de connecter la motivation au désir. Je me demande toujours ce qui motive une équipe d’animation. Est-ce le résultat ou le désir de ce résultat qui motive ? Sûrement un peu des deux, c’est pour cela que j’en reparlerai juste après et qu’ici, je vais surtout approfondir la motivation vis-à-vis du désir de résultat.

J’entends souvent les directeurs et les directrice que j’accompagne dire qu’iels n’arrivent pas à motiver une équipe et ne savent pas comment faire. C’est prendre le bout de la question dans le mauvais sens : la motivation surgira d’elle-même si on réfléchit d’abord au désir de l’équipe. La motivation est le fruit du désir et non l’inverse. Je ne vais pas me motiver à vouloir faire quelque chose, c’est vouloir faire cette chose qui me motivera à passer à l’action.

Je dois donc m’assurer que les envies de mon équipe correspondent à mes envies, à celles des enfants, de la structure, etc. Ce travail doit être impératif pour pouvoir dynamiser une équipe. Alors comment s’assurer que toutes ces envies concordent ? Il me faudrait bien plus qu’un article pour te proposer des solutions, et même si je t’en propose, pas sûr qu’elles fonctionnent pour toi. Ce qu’il faut surtout retenir c’est l’intention que tu vas mettre dans tes réunions de préparation. Il ne faudra pas attendre de tes anims d’être déjà motivé·es mais inversement, ce seront les propositions faites durant ces réunions qui motiveront ton équipe.

Il faut donc réfléchir à la manière d’introduire tes sujets, voir comment impliquer ton équipe dans la réflexion, etc. Il faut relativiser s’il n’y a pas d’énergie en début de réunion et peut-être commencer par un jeu qui peut délier les langues. Puis il faut choisir comment accueillir une proposition d’une personne de l’équipe même si on trouve cette proposition stupide ou inutile. Il faut faire des concessions sur des sujets qui tiennent à cœurs l’équipe.

La direction n’ira pas forcément dans le sens que tu avais imaginé au début, mais cela permettra de mettre du sens dans vos activité et de motiver ton équipe. Et peut-être que tu découvriras de nouvelles choses que tu n’avais pas pensé ?

Du pouvoir à l’autorité

La notion de cadre

Après avoir parlé de l’action et de la volonté à réaliser cette action, il me paraît important de parler de la capacité à réaliser cette action.

Continuons avec un exemple percutant, si je veux aller d’un point A à un point B, il me faut un moyen de locomotion pour y arriver, sans lui je ne PEUX PAS réaliser l’action. Il y a donc un ensemble d’actions qui me sont impossible de faire puisque j’en suis incapable dans un contexte donné. Je précise bien « un contexte donné » puisque dès que j’ai le moyen de locomotion adapté, je PEUX réaliser l’action. Cela veut bien dire que ma capacité à réaliser l’action s’intègre dans un contexte particulier.

Cette capacité à réaliser une action peut aussi être limité par des symboles ou des règles. Par exemple, la loi interdit de tuer quelqu’un. Cela veut dire que dans un contexte où je respecte la loi, je ne PEUX PAS tuer une personne qui vient de m’arnaquer, même si j’en ai très envie. Il en va de même pour les règles imposées par mon éducation, ma culture, ma morale, etc.

On parle alors de cadre (je suis sûr que tu as déjà entendu parler de cela). Dans ce cadre naît la liberté et la capacité de réaliser des actions ; c’est dans ce cadre que j’ai du pouvoir d’agir.

Donner du pouvoir au groupe

C’est bien tout ce paradigme qui permet d’expliquer l’utilité de la réglementation. Dans notre cas, je cherche à savoir ce que génère le cadre lorsque j’anime une activité et que je pose le cadre. A ce moment-là, je deviens le détenteur de l’autorité et j’explique à la fois le cadre et je vérifie que tout le monde respecte ce cadre. J’ai donc du pouvoir sur le groupe. Je PEUX imposer un cadre plus ou moins grand sur le groupe. Je PEUX décider si le groupe a le droit ou non de lire pendant l’activité, ou de parler par exemple.
 

Cela veut dire que j’ai le pouvoir de donner du pouvoir au groupe. Mon pouvoir agît sur le pouvoir du groupe. Si je laisse faire le groupe, le groupe aura tout le pouvoir et je n’en aurais pas sur le groupe. Inversement, si je dirige l’activité d’une poigne de fer, mon pouvoir sera bien plus important mais ne laissera pas de liberté et donc pas de pouvoir au groupe.

Autrement dit, mon autorité permet de donner du pouvoir au groupe.

Je sais que l’on associe souvent autorité avec sanction et punition, mais pour moi, la réflexion devrait plutôt se porter sur l’impact de notre autorité sur le groupe, sur l’influence de notre pouvoir sur la liberté de notre groupe.

Peut-être que si cela nous aide à réfléchir autrement le cadre, cela aidera aussi à faire en sorte que personne ne cherche à sortir du cadre.

Tout est lié

Voilà, je pense avoir fini avec la notion de moyens dans le projet. Cette trilogie fût dense et je suis content de l’avoir écrit et d’avoir posé sur l’écran ce qui se construisait dans ma tête. Je pense qu’en me lisant, tu comprends que cela n’est pas forcément facile à théoriser parce que toutes ces notions sont liées tel un gros nœud et qu’en commençant à décortiquer un sujet, un autre sujet s’y ajoute, puis un autre qui fait allusion à un dernier sujet.

Au-delà de ma réflexion sur l’écriture de cet article, je voudrais te parler de la raison qui m’a amené à écrire cette trilogie.

Pédagogie et organisation

Une chose que j’entends souvent en réunion d’équipe ou dans des formations d’animation (et dont je suis sûrement le premier à clamer) est que l’activité doit être au service des objectifs pédagogiques. L’activité doit permettre d’atteindre les objectifs écrits dans le projet pédagogique, qui lui-même découle du projet éducatif. Cela veut bien dire que l’activité doit servir le projet.

Et pourtant, tu as vu comme moi que c’était l’activité qui était au centre du projet, que sans elle, le projet ne pourrait avancer. Alors remettons l’activité au centre du projet. Replaçons son importance comme tel. Ne cherchons plus à créer une activité depuis un projet, proposons des activités qui naturellement créeront des projets. Ne cherchons plus à proposer une gamme d’activités pour que cela montre que nous proposons des activités diversifiées. A l’inverse, commençons à réfléchir à la direction que nos activités devraient prendre en donnant du pouvoir aux personnes qui feront l’activité.

Cela ne devrait pas être la structure qui crée le projet mais le public avec ses activités.

L'organisation insufflée par la structure

Alors comment faire lorsque l’on est une structure ? Que deviendrait leur rôle à ce moment-là ? Tout simplement continuer de faire ce pourquoi elles sont faite : organiser.

Organiser n’empêchera pas d’influencer les projets qui se réaliseront dans la structure, puisque l’organisation choisie définira le périmètre des possibles. Elle pose un cadre symbolique et surtout physique, de par le choix de l’espace de la structure, du matériel choisi, du budget et du choix des équipes embauchées.

Même si au premier abord, on ne ferait pas de lien entre pédagogie et organisation, ce lien est pourtant bien présent puisque ce cadre influencera toutes les actions qui seront mis en place dans l’ACEM. Ajoutons à cela le choix de communication aux parents, la responsabilité réglementaire, le choix du salaire de ses équipes, et on peut se rendre compte que même sans avoir à imposer une directive à ses équipes, la structure a déjà un grand pouvoir de décision (et donc une autorité) sur le groupe.

Tout comme je me questionnais sur le pouvoir de l’équipe d’animation sur le groupe pendant les activités, et le fait que plus son pouvoir est grand, plus le pouvoir du groupe s’amincit, on peut se poser la même question entre la structure et l’équipe pédagogique et par réciprocité le groupe. Plus le pouvoir de la structure sera important et directionnel et moins l’équipe pédagogique aura de pouvoir.

Théorie VS Réalité

Aujourd’hui, si l’on fait un état des lieux de notre paysage professionnel, je me rends compte que de plus en plus d’organisateurs ne font plus confiance aux équipes qu’elles embauchent, sûrement parce qu’elles doivent gérer les conséquences de leurs actions (plaintes, emails et appels de parents mécontents, demandes de remboursement …), et qu’elles augmentent leur pouvoir au détriment de celui de leurs équipes.

Cela se voit sous différentes formes. Je me rappelle, par exemple, de ce séjour itinérant organisé par le CGCV où je (tout comme mon équipe et encore moins les jeunes) ne choisissais ni où nous devrions aller, ni les principales activités à faire (et le budget associé), ni même les lieux où dormir. L’une des étapes passait sur un centre géré par le président de l’organisateur et même là, je fus réprimandé parce que je ne suivais pas la même logique pédagogique que son groupe.

Je me rappelle ce séjour où il y avait tellement d’activités organisées par la Ligue de l’Enseignement que 90% du temps de l’un de mes adjoints a été utilisé pour s’assurer que tous les enfants puissent réaliser les activités.

Et j’en ai plein d’autres exemples comme cela. Alors, au-delà du fait qu’à ces moment-là, moi et mon équipe avons le ressentiment d’être de simples exécutants, il y a aussi une frustration puisque nous ne choisissons pas la direction que prennent ces activités. Par exemple, pendant un séjour organisé par Temps Jeunes, il y avait avec une activité voile tous les matins. Ce n’était pas géré par l’équipe d’animation et le moniteur criait sur les enfants et était très directif. Avais-je le choix de la direction de son activité ? Non. Et cela a généré un certain nombre de problèmes organisationnels à l’intérieur de séjour puisque beaucoup d’enfants ne voulaient plus y retourner après 3 jours.

La (dé)motivation

En supprimant ce pouvoir aux équipes, on supprime aussi ce qui y est lié : la motivation. Si je ne suis plus acteur de mon propre séjour, si je ne peux plus décider de quoi que ce soit, je perds le sens de mes actions. La motivation qui y est liée disparait puisque l’on m’empêche de m’approprier le projet. Il me faut donc trouver d’autres vecteurs de motivation.

Alors quel autre vecteur de motivation puis-je trouver ? Je te le donne dans le mille, le salaire. (Je ne compte pas la bonne ambiance dans l’équipe parce que lorsque l’on n’est pas motivé·e, cela peut aussi parasiter les actions qui se font, ex : pause clopes répétées, bruits de couloir, …).

Bon et là il faut que je fasse un état des lieux des salaires dans le monde de l’animation. Heureusement, David Dumont l’a fait beaucoup mieux que moi pour le groupe Facebook Zone Animation – Emploi, je vais donc te partager son post :

Bonjour. Voici une petite liste non exhaustive des organismes (sociétés, CE et assos) que je fais depuis plusieurs mois : Pour avoir une vue d’ensemble des salaires proposés. On constate que les plus riches sont ceux qui payent le moins.

Les annonces qui m’ont servit pour cette liste sont prise du groupe Zone Animation – Emplois. Si vous ne mettez pas les mêmes rémunérations sur les autre groupe, je n’y suis pour rien.

* indique qu’il y a un problème, un litige ou suspicion
** bannis de ZONE-ANIMATION

LES ENTREPRISES, AGENCES DE VOYAGE ET TOUR OPERATOR

VIVA Vacances ** : SAS au capital de 40.000 €
CEE entre 20€ et 32€ / Jours (Selon les annonces)

VELS Voyages ** : SAS Tour Opérator CA de 2 530 700€
CEE 25€ / Jours

VERDIE VOYAGE ** : SAS Agence de voyage au CA de 18 million d’euro
CEE 30€ / Jours

EQUIFUN – SPORTS ET LOISIRS 66 société coopérative avec un CA de presque 1 million d’euro
CEE 34€ brut / Jour

CHIC PLANET * : SARL avec un CA de 726 100€
CEE 35€ brut / Jour (Une recruteuse, refusent de mettre le type de contrat sur l’annonce malgré les relances et vient se pleindre en MP)

CNPVA géré par la société Loisirsmerdecouverte (pas de projet éducatif, pas de mention d’un agrément J&S, CAF … )
CEE 36,50€ brut

ODCLV * : Société anonyme coopérative CA de 5 605 800,00 €
CEE mais refuse de le dire sur les annonces

AVMA / CAP FRANCE : SARL Le Numéro 1 des Villages Vacances et Hôtels Clubs
CEE entre 40et 45euros / Jour

CAP MONDE : SAS au Capital de 540 000 € CA de 5 274 400,00 €
CEE 45€ / Jour

EEVA Club Evasion ** : SASU agence de voyage avec un CA de 4 millions d’euro
CEE 45€ brut / Jour

ALPAS vacances adapté ** : Opérateurs de Voyages adapté
2 semaines : 650€ brut

BELEMBRA Clubs
CDD 1603€ brut/ Mois

AZUREVA
CDD 1700€ brut / Mois

Village vacances Arc en Ciel KARELLIS :
CDD 1750 Brut mensuel mais ils te retire 72 euro pour te loger donc un net de 1271 euro.

 

LES ASSOCIATIONS

CESL : CEE entre 20 et 25€

LIGUE DE L’ENSEIGNEMENT 54 : CEE entre 23€ et 28€ / Jour

EVASOLEIL ** : CEE 30€ net / jours

ADVE : CEE entre 20€ et 32€ (qui explique en commentaire que le CEE c’est du bénévolat et que c’est normal de proposer 20€)

TELLIGO (UCPA) : CEE entre 22€ et 31€ en fonction des diplômes (Pour rappel Telligo, rachetée par l’UCPA, la plus grosse assos exploitant le CEE. Possédant des holdings de placement financier et dans l’immobilier)

BABAANIMATIONCOLO (qui refuse pour l’instant de préciser le vrai nom) : CEE 27€ Brut / Jour

LPM LOISIRS PROVENCE MÉDITERRANÉE HÔTEL ET HÉBERGEMENT : CEE 30€ brut / Jour

UCPA : CEE 31€ brut / Jour

AROEVEN hauts-de-France : CEE 31€ / jour

DJURINGA JUNIORS * : 215 € pour 7 jour (33€ par jours pour les diplomés) gère les CE de très grosses entreprises comme Michelin (Beaucoup d’annonce mentent en faisant croire qu’ils embauchent en CDD, la majorité des annonces ne sont pas conforme)

ALTIA VIA LES MONDES * (Du groupe Club Aladin) CEE 33€ Brut / jour

FOL Vacance pour tous : CEE 34€ / Jour

UFOVAL : CEE 35 € / jour

UNCMT : Union normande des centres maritimes et touristiques : CEE 35€ net / jour

WAKANGA : CEE 35€ brut / Jour

LA LIGUE AUVERGNE RHÔNE ALPES : CEE 36,85€ Brut / jour

VVL : CEE 37€ / Jour

AUDESUD : CEE 38€ / Jour

SECOURS CATHOLIQUE des Charentes : CEE 40€ / Jour

AVENTURE VACANCES ENERGIE : CEE 42€ / Jour

CAP PICARDI : 45€ / Jours pour les anim. Un peu plus pour directeur payé en CEE mais au nombre de vacancier (???)

FRANCAS : Environ 50€ brut / Jour

OSI (OBJECTIF SCIENCES INTERNATIONAL) : 60€ brut / jours et 90€ dès la deuxième année

CROQ VACANCES : entre 60€ et 70€ Brut / jour

CLUB ALADIN : CEE 66€ / Jour

CSPG : (centre social ) : CEE 66€ / jour

ALSH IFAC situé à Maulette : CEE 80€ / Jour

EVASION78 : CDD SMIC

ASSOCIATION UVAHE : CDD Smic

ALFA3A : CDD SMIC

 

CE et CIE

CE AIR FRANCE : 30€ par jours

CCAS comité d’entreprise d’EDF/GDF : CEE 33,50€ Brut

CIE THALES : CEE 34€jour anim et 38€jour pour un SB

AVEA La poste : CEE 34€ brut / jour

CE ORANGE / PEGASE EVASION : 35€ brut par jour

CSE Banque de France :36 € brut / jour

CSEC TOTAL : CEE 38€ Brut

CSEC BNP PARIBAS : CEE 55€

CE VEOLIA : CEE 42€/jour

Comme tu peux voir, le salaire n’est clairement pas un moyen de motivation. Il crée même l’inverse puisqu’il peut être perçu comme dévalorisant et donne l’impression que nos actions n’ont que peu de valeur aux yeux de l’entreprise qui nous embauche et plus largement, aux yeux de la société.

Conclusion

Je n’ai pas envie de finir sur une note négative. C’est pourquoi j’ai envie de parler du projet Parlons Péda. Ce projet est non rémunéré, et pourtant, cela fait bientôt 3 ans que je suis dessus avec Elisa et je suis toujours autant motivé. Alors si toi aussi tu veux remettre du sens dans tes actions, je t’invite à faire comme moi, regarde si le lieu où tu travailles fait vraiment sens et si non, vas voir ailleurs, et si tu ne trouves pas ce que tu cherches, crées le toi-même, construit, organise ton espace d’activités. Tu verras, cela ne peut avoir que du bon.

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